Vous intervertissez quelques rôles en empruntant à d’autres poncifs. Choisissez un virtuose du dessin (mais pas trop original). Vous secouez en y mettant beaucoup d’action, des jeunes gens ultra sexy, de la sensualité facile, plein d’effets et un peu d’émotion… ça camouflera la pauvreté de l’intrigue. Et avec ça, big money garanti. Fin de la recette.
Exemple pratique avec Wisher : Sébastien Latour (le scénariste) a beau se revendiquer d'inspiration Neil Gaimanesque, on pourrait aisément croire que l'auteur ait plutôt resucé les traqueurs de vampires de Marini et Dufaux (Rapaces chez Dargaud). En les troquant contre des chasseurs de "féériques" (elfes, gobelins, banshees, djinns… c’est très à la mode). L’action se déroulant à Londres, les "méchants" sont identifiables par leur chapeau melon (ooooh). Et comme il se doit, à leur tête se dresse un chef sans cœur qui, du haut de son QG, scrute la vue imprenable sur la ville, de nuit.
Dans le rôle du flic, bien évidemment, une splendide créature (ce n’est pas la seule bombe au menu). Dans le rôle du héros, qui ne connaît pas encore son super-pouvoir, un bellâtre au corps musclé et parfaitement glabre. Pour la séquence émotion, le héros est trahi par un ami, mais c’est sous la menace et il meurt en lui demandant pardon.
A défaut de profondeur, tout est étudié au millipoil pour que la lecture vous soit aisée jusqu’au bout. Comme dessinateur, Giulio De Vita a déjà fait ses armes sur James Healer (chez le même éditeur). Les effets "cinématographiques", ça le connaît, alors ici il n’a pas lésiné.
Pour la palette de couleurs, De Vita a là aussi vraisemblablement conservé les albums de Marini à proximité de sa table à dessin.
On savait que Le Lombard prenait peu de risques éditoriaux, mais la maison avait jusqu’ici su préserver une certaine intégrité. Pour fêter ses 60 ans et l’inauguration de la collection Portail, elle annonce une ouverture sur la Fantasy et les mondes parallèles, empiétant ainsi sur les plates-bandes de Soleil et Delcourt. Avec Wisher, ça commence mal : même si techniquement imparable, c’est d’une démagogie écoeurante.
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