...dans les années ’60 et ’70, lorsque le pinceau génial de Will rencontrait l’inventivité de Rosy et de Tillieux.
Il a pourtant fallu de nombreuses années aux éditions Dupuis pour se décider à rééditer ce qui a été l’un de ses fleurons. Sans doute le désintérêt du grand public – et plus particulièrement du jeune public - pour les dernières aventures n’est-il pas étranger à cette frilosité de l’éditeur. Et puis quoi qu’en disent les nostalgiques et certains journalistes, les personnages et leur humour ont vieilli. Davantage que Spirou et Fantasio, pour ne citer qu’un exemple. D’ailleurs, après les albums signés Tillieux et Will, toutes les tentatives d’insuffler du renouveau dans Tif et Tondu n’ont débouché sur rien d’aussi convaincant : Desberg, alors jeune scénariste, ne pouvait pas faire le poids en comparaison à son prédécesseur ; et Sikorski et Lapière ont ensuite eu la tâche ardue de perpétuer les aventures jusqu’à l’arrêt de la série, en 1997.
Mais revenons-en à ces rééditions en intégrales.
Des intégrales qui compilent chacune trois albums, réunis par thème, et agrémentés d’un dossier d’une petite vingtaine de pages.
Le premier recueil, Le diabolique Mr Choc , compilait des albums des années cinquante, scénarisés par Rosy, dessinés par Will, et qui avaient en commun des récits gravitant autour de leur « méchant » le plus mémorable… bien plus mémorable, en fait, que ces premières intrigues, plutôt basiques, qui le mettaient en scène. Ce personnage mythique de Choc, aussi longiligne que machiavélique, est vêtu d’un smoking et porte un heaume… qui laissera son visage à tout jamais inconnu.
Avec le second recueil, Sur la piste du crime , on passe aux débuts d’une collaboration des plus prometteuses, celle où le style graphique de Will et la maîtrise du suspense de Maurice Tillieux arrivent à maturité. Avec ce scénariste, l’univers de Tif et Tondu prend un tournant décisif, moins farfelu que par le passé, et donc clairement plus polar que fantastique. Tillieux aime en effet les explications rationnelles aux mystères qu’il met en place et travailler sur la montée de l’angoisse. A ce titre, L'ombre sans corps, récit qui inaugure le présent volume, n’est pas représentatif. Une histoire de terrible gorille invisible dans un Londres cliché... Dans le genre, je préfère les Clifton, plus drôles. Même s’il n’atteint pas encore le sommet de son art, la patte de Tillieux se fera sentir davantage dans Contre le Cobra, qui verra naître un autre personnage-clé de la série : la jolie comtesse Amélie d'Yeu, alias Kiki. Avec, Le roc maudit l’auteur ose une intrigue policière comme il a l’habitude d’en écrire pour Gil Jourdan et semble enfin s’approprier les personnages.
Selon moi, le meilleur reste à venir dans les intégrales suivantes.
Chronique par Louis St-Jo
N.B. : Will est décidément très à l’honneur puisque paraissent simultanément aux Tif et Tondu les intégrales d’Isabelle (plus orientés Jeunesse, au Lombard) et Trilogie avec dames (scénarii pour adultes, signés Desberg, chez Dupuis)
|